Plus qu’une simple mode, ce mouvement de partage et de solidarité va s’inscrire dans la durée.

D’abord, parce que l’innovation « sociale » est un remède à la baisse du pouvoir d’achat, dans un contexte où la morale des français est en berne, où les inégalités se creusent. Ensuite, les nouvelles technologies permettent des solutions toujours plus intuitives, pratiques et instantanées pour améliorer notre mode de vie. Enfin, et surtout, un nombre croissant de français n’adhère plus au modèle de consommation fondé sur le « posséder toujours plus », et sur un individualisme à outrance. Ils demandent autre chose, qui leur ressemblerait plus. Une logique coopérative plus que compétitive. Ils se veulent consommateur-acteur.

Le changement n’est plus suggéré, il régit nos sociétés : le collectif est sacralisé. Le lien social est une problématique dans l’air du temps, que l’on ne cesse de réinventer. On assiste sans doute, doucement, mais sûrement à une évolution des mentalités. C’est le début d’une nouvelle ère dont on fait tous partie !

Cependant, quelques réticences persistent. Comment assurer la qualité des produits, ou la sécurité lors des rencontres (comme le covoiturage) ? Est-ce que l’économie collaborative a vraiment de bonnes intentions, ou est-ce un business model néo-capitaliste intéressé par le profit ?

C’est aux entreprises et aux associations de rappeler qu’elles se sont fondées non pas seulement pour mettre en relation différentes parties via les outils du numérique, mais surtout pour créer du lien social, pour engager un changement. Sur du long-terme, il est question de recréer la convivialité, et l’entraide intergénérationnelle qui existaient autrefois dans les villages. Se rendre service entre voisins, serait le monde de demain.

Aujourd’hui, pour dépasser le stade de l’utopie, l’économie collaborative solidaire doit être connue et comprise.

Les start-ups qui se disent dans l’entreprenariat social se doivent de montrer l’exemple. Elles sont à l’origine de ces nouveaux échanges, elles doivent donc encadrer la rencontre, en facilitant les premiers contacts. Il est question d’institutionnaliser une solidarité solide qui fonctionne dans la réciprocité. Il faut anticiper les relations humaines qui pourraient se créer, et mettre en place les structures adaptées.

Ensuite, d’un point de vue juridique, il est grand temps d’obtenir la reconnaissance de la notion d’ « entraide civile ». L’entraide est une notion, qui est évidente dans certains cadres, notamment celui de la famille, ou encore dans l’agriculture (les prêts et échanges de matériels). En revanche, les entreprises collaboratives ne disposent pas encore d’un solide socle juridique permettant de distinguer l’entraide qu’elles impulsent, du reste. La frontière entre les actions de l’économie du partage et les activités commerciales classiques est aujourd’hui trop floue.

Enfin, d’un point de vue économique, une politique partenariale d’aide au développement des initiatives solidaires doit être mise en place. Elle serait porteuse du « vivre ensemble », valeur dont notre société a besoin.

L’économie collaborative solidaire a tout intérêt à innover et à se pérenniser sur le long-terme, car elle apporte des solutions à des problématiques réelles.

 

  • Dominique Schalchli, Accorderie de Montpellier (les accorderies sont des lieux d'échange de services en passant par une monnaie temps).
  • Marie Treppoz, fondatrice de Welp, 1ère plateforme d’entraide gratuite entre particuliers